Concept
des
Grands
Ateliers

EXPERIMENTATION ECHELLE 1
& MIXITE CULTURELLE

Les Grands Ateliers jouent, depuis leur création, un rôle déterminant dans la sensibilisation et la formation des étudiants issus principalement d’écoles d’architecture mais également d’écoles d’art, de design ou d’ingénieurs. La structure accueille aussi des professionnels, autant d’acteurs concernés par les matériaux naturels et biosourcés, la transition écologique, le travail collaboratif, la transition numérique ou encore la prévention des risques majeurs.

Les expérimentations pédagogiques et l’innovation, développées sur la plateforme équipée des Grands Ateliers contribuent non seulement à améliorer l’enseignement de la construction et des cultures constructives mais aussi à impulser et faire émerger des réponses pertinentes aux nouveaux enjeux liés à la conception écoresponsable et adaptables aux changements en cours, aussi bien sociaux, environnementaux qu’économiques.

LES GRANDS ATELIERS, MODELE VERNACULAIRE,
AU SENS DE L’ANCRAGE LOCAL

Florence Lipsky et Pascal Rollet, architectes

La pédagogie qui s’y déroule nous mène à porter un autre regard sur la relation du bâtiment à son environnement. Le choix de l’implantation dans la ville nouvelle de l’Isle d’Abeau sur la commune de Villefontaine, en a fait un lieu caractérisé par son réseau routier mais sa localisation géographique l’inscrit dans un paysage relativement plat au croisement de deux territoires naturels entre la plaine du Rhône, au nord et à l’est, et les collines du Bas Dauphiné, au sud et à l’ouest. Physiquement, le bâtiment est installé sur les plateaux formant les derniers contreforts du jura, à proximité du parc crée par Michel Corajoud en 1995 sur des espaces agricoles. La trame paysagère, les bois, structurent le territoire qui borde, entoure et accueille le bâtiment. À la création du bâtiment, le projet tire parti des caractéristiques physiques d’un site en apparence sans identité. La conception architecturale -holistique- des Grands Ateliers, entremêle paysage et architecture. Suivant la topographie, Christophe Girot dessine la pente générale d’un site ouvert de la rue jusqu’au parc, façonnant l’amphithéâtre extérieur engazonné et dessinant une série d’escaliers, qui sont les accès multiples au site, tissant aux limites entre le terrain, les cheminements piétons et la route principale. Dans cette conception partagée, concentrée sur la nature des limites, les mètres carrés extérieurs deviennent des prolongements indispensables de la halle et prennent la forme d’une série de plateformes minérales et végétales. Le paysage de proximité offre alors aux usagers le confort d’espaces extérieurs capables d’accueillir des activités en plein air comme des moments de repos sur les pelouses. Dans un mouvement de fermeture/ouverture, entre intérieur et extérieur, le dispositif spatial (halle fermée-semi ouverte-ouverte-), qui est à l’œuvre en permanence, porte ses fruits sur le long terme. Le projet architectural est fondé sur l’effacement des limites entre le dedans et le dehors de manière à permettre une multiplicité d’usages et l’utilisation de systèmes favorisant la transformation agile des espaces afin qu’ils s’adaptent en permanence aux changements de fonction.

lieu de formation architecture

UNE ARCHITECTURE INDUSTRIELLE, UN BÂTIMENT MI-USINE/MI-ECOLE

En 2000, la conception architecturale des Grands Ateliers naît d’un programme et d’un projet pédagogique précis et volontariste, élaborés par des enseignants visionnaires. Ce programme ne ressemble alors en rien à celui d’une école d’architecture issue de la tradition française des Beaux-Arts. Il renoue plutôt avec celle de la fabrique des grandes œuvres construites au Moyen Âge et au début de la Renaissance, basée sur l’art du geste et des savoir-faire tout en les combinant avec les connaissances scientifiques les plus récentes. Le bâtiment doit permettre la construction de dispositifs spatiaux à l’échelle 1, en favorisant la confrontation et la coopération des approches développées par les architectes, les ingénieurs et les artistes. Il doit se mettre au service d’une simultanéité d’enseignements qui tous ont des besoins spécifiques et correspondent à un processus unique développé de manière indépendante pour permettre l’éclosion d’une véritable pluridisciplinarité dans les pratiques de la conception du projet architectural et urbain.

La halle d’expérimentation est le cœur du dispositif. Équipée à la fois comme un atelier de préfabrication de charpente ou de construction métallique, muni d’un pont roulant, et comme un espace scénique, avec un faux-grill, des perches portant des lumières et des passerelles latérales installées contre les façades principales, la halle est le lieu d’assemblage des expérimentation spatiales mais aussi de rencontres et de discussions, de mises en scène et d’expositions des travaux menés sur place. Elle est un centre d’inspiration et de rayonnement sur les questions de l’expérimentation spatiale et de la transmission des cultures constructives pour la conception et la réalisation d’espaces habités. Constituée d’une ample couverture, en polycarbonate ondulé, fixée sur une structure en bois et en acier, la toiture abrite et protège toutes les activités se déroulant sur une grande dalle technique capable de supporter de lourdes charges, la façade ouest est une façade-test, quand la façade opposée est une façade technique. L’espace est organisé selon les flux croisés du process de livraison, de stockage, de découpage, d’usinage et d’assemblage. La matière passe d’un lieu à un autre de manière fluide. Elle se transforme au fil des étapes. Elle s’assemble au final dans la grande halle en prototypes ou dispositifs spatiaux de grande dimension dont on peut expérimenter les ambiances ou simuler l’atmosphère.

La grande halle est un espace fermé chauffé de 15 m de large et 30 m de long sécurisé par deux grandes portes relevables de hangar d’aviation. La halle s’ouvre et se prolonge sur des espaces ouverts abrités sous la grande toiture et peut devenir un seul espace continu desservi par un pont roulant sur 90 m de long. Le vide extérieur sous l’enveloppe/toiture devient un espace disponible et la flexibilité du lieu lui permet de se déployer. L’emprise physique ainsi augmentée étend la surface globale du bâtiment.

Par sa vocation de centre de culture orienté vers les sciences et les arts de l’espace – lieux capables de produire de véritables « spectacles pédagogiques », traitant de notre environnement bâti, – le bâtiment des Grands Ateliers est le fruit d’une conception qui mixte les caractéristiques d’un espace industriel, d’une scène et d’un espace d’enseignement. Il appartient à la catégorie des lieux hybrides, fruit du croisement entre un laboratoire de recherche, un studio de projet, un théâtre, un atelier de construction et une entreprise high-tech.

Florence Lipsky et Pascal Rollet

Texte extrait de l’ouvrage « Les Grands Ateliers, un lieu unique de formation, d’expérimentation et de recherche en architecture » publié aux presses universitaires de Saint Etienne. Voir l’article écrit par Florence Lipsky Le bâtiment, mi-usine, mi-école.

Fiche technique :

  • Maîtrise d’ouvrage – Ministère de la Culture, direction de l’architecture et du patrimoine, DRAC Rhône-Alpes
  • Maîtrise d’œuvre – Lipsky + Rollet architectes
  • Avec Christophe Girot (paysage), A2M (conseil technique en équipements scéniques), Bet Batiserf (structure), Hubert Penicaud et Gecob (ingénierie fluide et HQE), Bureau Michel Forgue (économie)
  • Intervention artistique – Christian Philipp Müller
  • Signalétique – intégral Ruedi Baur & associés